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( C'est pas moi, c'est mon surmoi )

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LE SCHMOUGLE

Mardi, 07 Décembre 2010 15:50 Publié dans Le côté des écrivains

Vous êtes vous déjà réveillés avec le sentiment qu’aujourd’hui, en cette heure précise et jusqu’à ce que la nuit ne vienne, vous seriez irrésistibles ?

Vous voilà devant votre miroir, détaillant les contours de votre visage avec grande satisfaction et arrachant le poil de trop qui empêche votre regard ténébreux. C’est exactement ça : empêcher. Rien ne vous empêchera aujourd’hui. Un rituel étrange prend alors la place des traditionnelles bouderies matinales : le-non-je-veux-pas-y-aller-mon-chef-va-me-faire-chier cède la place à un comment-je-vais-kiffer-ma-race-aujourd’hui-j’ai-une-classe-folle, le sourire carnassier, le cheveu brillant, un costard Lagerfeld pour H&M qui tue sa mère et un cerveau surpuissant.

Il vous faut de la musique maintenant, vous sentez bien que cette onde de kif qui déferle sur vous doit être accompagnée. Cette musique, vous ne vous en doutez pas encore, sera la BO de votre journée.

Un costard, une robe noire, oui, vous sentez bien que cette incontrôlable autosatisfaction dans laquelle vous vous vautrez va demander une certaine sobriété. Le monde ne doit pas voir encore votre éclat. Il est trop tôt, mais il est déjà trop tard et même en haillons, vous vous en apercevez, les gens vous regardent et clignent des yeux de peur d’être éblouis.

La fille du bout de la rue qui ne vous regarde jamais se mord la lèvre lorsque vous passez devant elle, votre chef snobinard à la gueule de Hugh Grant vous demande si vous avez fait quelque chose à vos cheveux ; ne cherchez pas plus loin, vos 8h de sommeil n’y sont pour rien, vous êtes entrain de vivre une expérience aux confins du paranormal, vous êtes entrain de faire l’expérience d’une déferlante de MODJO.

Après le dernier laïus sur le KIFFE, il était temps pour votre Surmoi (c'est-à-dire MOI) de révéler à vos yeux éberlués, l’existence du Deuxième Membre de la Trinité, le MODJO.

Le KIFFE étant le Père, le MODJO serait-il le Fils ? Question hautement philosophique et homologique que celle-ci, car qui de l’œuf ou de la poule enfante le premier ?

Votre Surmoi expérimenté (c’est-à-dire le VOTRE) sait pertinemment que le KIFFE est Maître Suprême, mais qu’il peut, par un curieux revers de fortune, être totalement absent. Comme Dieu…On sait qu’il est quelque part, on n’en est pas sûr, on n’y croit pas, m’enfin, on a été au caté, ces bondieuseries sont peut-être vraies…On se demande bien où Il est le God Father quand même!

Le KIFFE est absent des journées de loose, des jours où vous démarrez un nouveau job plein de promesses et où vous réalisez bien vite que c’est la porte qui vous est promise, à moyen ou long terme. Diantre ! Que Diable allez-vous faire dans cette galère ?

Le KIFFE est absent quand vous tenez entre vos cuisses un bel éphèbe biscotté, choisi sur catalogue pour servir de casse-croûte minute (ou pas) et que ledit Apollon semble en proie à une overdose de bromure. Le SCHMOUGLE**, on appelle ça !

Le SCHMOUGLE, c’est quand on a prévu de kiffer, c’est quand tout est mis en place pour kiffer, quand vous avez vous-même commandé un arrangement particulier des planètes pour servir votre programme de KIFFE et qu’il ne se passe rien : nada, nienté, nichts, zob comme on dit dans les cours de récré.

Le SCHMOUGLE, vous l’avez compris, est une baisse incontrôlée et brutale du MODJO, l’énergie vitale vous menant inévitablement au KIFFE, comme certains frottements finissent par vous mener vous et votre partenaire au nirvana charnel.

Le SCHMOUGLE, ce n’est pas la poisse, non, c’est bien pire. La poisse peut être permanente ou récurrente et ne provient jamais d’un excès de KIFFE. La Poisse est aléatoire.

LE SCHMOUGLE quant à lui est directement lié à la façon dont vous kiffez ou à votre refus de kiffer. Il est aussi une conséquence directe des exigences sacerdotales du KIFFE.

Je me pose :

soit Vous, un homme beau comme un camion, viril comme c’est pas permis et conscient de votre pouvoir sur la masse des Existants vous entourant. Vous passez le stade niais de l’humilité fabriquée par votre culture judéo-chrétienne et vous vous acceptez enfin pour ce que vous êtes : un kiffeur de base avec une plastique parfaite (plus que de base).

Vous flirtez avec votre boulangère, le plombier, votre voisine, votre femme (quand même), votre facteur. Là, c’est une déferlante de MODJO que vous libérez en même temps que vos endorphines, ce n’est pas votre déodorant Axe (bam-tchi-ka-waw-aw, merci la pub).

Ce MODJO envoûte la boulangère, la voisine, le plombier…Vous êtes heureux, vous profitez, vous kiffez. Et un jour, l’Impossible arrive : le plombier parle de vous à la boulangère qui parle de vous à votre voisine qui a le feu chez elle (au sens propre, même si on peut aussi raisonnablement penser qu’elle l’a aussi au figuré) et qui appelle le pompier qui remarque que vous habitez à côté. Voilà, vous l’avez.

Ça, c’est le SCHMOUGLE. C’est une circonstance aggravante du KIFFE : t’es belle, t’es blonde à forte poitrine, Elie Semoun fait un sketch sur toi. Tu kiffes. Quand ton voisin de 80 piges au dentier flottant te palpe la mamelle pour dire bonjour, tu kiffes moins, c’est sûr.

Attention, les exemples voluptueux pris ici ne signifient en aucun cas que le SCHMOUGLE est lié uniquement à la libido. Le SCHMOUGLE, c’est aussi ce Big Mac chaud avec un steak gouteux et une sauce légèrement acidulée auquel vous avez pensé toute la journée et qui arrive enfin entre vos mains, froid, dur comme un sandwich préparé avec amour par une Bobonne Pierrafeu échappée du Néolithique.

LE SCHMOUGLE, c’est quand vous vous installez devant la télé pour vous détendre et que vous tombez sur la vie de kékés dont les confessions ne sont plus franchement intimes, puisqu’ils vous les montrent…

LE SCHMOUGLE, c’est quand vous avez envie de descendre de votre voiture pour filer une torgnole au mari de la putafrange (pardon, mais ça va passer dans le dico bientôt) dans sa Xantia qui vous a fait un tête-à-queue sur le périph’ (mais que vous vous retenez, parce que vous êtes bien élevés. Frustrés, mais bien élevés).

La Trinité est ainsi faite, avec un élément destructeur à l’intérieur. Vous êtes Superman et le KIFFE, c’est Krypton : votre maison, c’est votre poison.

Que faire alors ?

KIFFER envers et contre tout ?

Bien impossible sans le MODJO et son tempo !

Se laisser aller au SCHMOUGLE, rentrer chez soi par une nuit sombre et sans joie de novembre et bouffer des Tucs en descendant une bouteille de rouge ?

Trop pathétique pour les KIFFEURS que vous êtes !

Que faire, par la barbe de Picchrocole ? Ah…Sais pas…Et c’est pas moi, c’est mon surmoi (qui ne sait pas).

Mais il y a bien une chose que je peux vous certifier, pour être depuis 34 ans la frangine contemplative d’un Master of KIFFE : comme le Messie, l’Elément Classieux et célèbre de la Trinité, ou comme Terminator (chacun ses références), LE KIFFE REVIENT TOUJOURS.


**Pour ceux qui veulent aller plus loin sur le SCHMOUGLE et le comprendre en profondeur, lire le premier opus du Concombre Masqué, de Mandryka.

Le KIF

Vendredi, 20 Août 2010 20:16 Publié dans Le côté des écrivains

Il faut bien le reconnaître, nous sommes en mal de grands penseurs, de types venus de l’espace qui transcenderaient notre vision du métro-boulot-dodo pour lui donner un sens supra-cosmique et faire de nous des super-héros en puissance.

Notre engouement pour les séries télévisées blasphématoires, si tant est que le blasphème nous touche encore, en est la preuve.

WeedsDexterDesperate HousewivesDexter ? Un adorable petit Satan, rouquin en diable et biscotté comme un centaure, le fantasme de la ménagère et de son mari qui ne pourfend plus grand’ chose…

Desperate Housewives ? Notre bizarrerie ordinaire sublimée et même plus…

Weeds ? Juste jouissif, n’a plus grand’ chose de subversif…

Le Joker de Christopher Nolan avait magistralement raison lorsqu’il paraphrasait Nietzsche à sa façon en disant: « ce qui ne nous tue pas nous rend plus bizarres ». Mais sommes-nous réellement plus bizarres, ou est-ce le temps qui nous change (et c’est cool, comme dirait Solaar)?

Que dire du vide qui nous entoure ?

Nos philosophes sont de pacotilles, ce n’est pas BHL qui nous contredira (même si on sait qu’il essayera quand même, pour sauver sa face et son brushing).

L'art est devenu virtuel et accessible par les vitrines interposées et tristes des musées uniquement.

L’argent ? On en a, on n’est pas content, on n’en a pas, on se maintient jusqu'à l'arrivée des huissiers.

Les gourous parisianistes à plaisir ne nous font plus rien. C'est l'anesthésie générale et je sais que vous savez que je le sais.

Vous avez tout essayé et moi aussi : le feng shui, les arts martiaux en 10 leçons avec Uma Thurman, le lexomil, le champignon hallucinogène, Dieu, le chamanisme, les massages ayurvédiques et au mieux, ce n’est pas suffisant, au pire, rien ne se passe.

Inutile de se perdre en conjectures, la solution existentielle avec un grand E, l’alpha et l’oméga de toutes les philosophies du bien-être est déjà née mais personne ne la regarde parce qu’elle se planque en banlieue. Non, ce n’est pas le splif, même s’il est apparenté; c’est le KIF.

Ce petit mot est entré de façon anodine dans notre vocabulaire et nous pensons à tort que c’est un tic de langage honteux qu’il va nous falloir éradiquer ou bien qu’il finira comme le verlan, en archaïsme risible pour adolescent attardé qui veut faire genre.

Et bien non ! Le KIF est plus que ça, le KIF est une éthique, une hygiène de vie, de pensée, bien plus puissante que l’épicurisme, l’existentialisme et tous les –ismes pompeux pondus par la philo d’une ère qui n’est plus la nôtre.

Ces Temps que nous vivons, nous sont présentés par les Majorités Non-Silencieuses comme étant les plus obscurs. Mais ils ne le sont pas: ils nous ordonnent simplement de trouver l’éblouissance.

Et c’est ici que le KIF intervient. Plus fort que la recherche d'un bonheur trop conceptuel, trop béat, trop éloigné, le KIF est chevillé à nos corps, immédiat et sans cesse renouvelé par l’expérience. Et en plus, le KIF n’est que la moitié de lui-même. Mazette, quel monde de promesses !

Le KIF, c’est le refus de la fin, c’est le surplus de vie vers lequel chacun de nous ose tendre lorsqu’il ne devrait pas, parce que le KIF est souverain. Même lorsqu’on ne l'invoque pas, il est là. Plus fort que Dieu, plus fort que l'idée de Dieu, plus fort que jamais (et toujours)! Le plaisir n’est qu’un avatar bleu comme un schtroumpf, alors que le KIF revêt déjà toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.

Lorsqu’on vous annonce cent fois le début de la Crise et son éternité avérée, la fin de l’Humanité par asphyxie de la planète, KIFFEZ!

Lorsque votre petite amie vous largue pour un vieux beau pété de tunes qui clamsera après son dernier orgasme, KIFFEZ!

Lorsque votre boss vous placarde en open space, communique sur vos performances défaillantes pour vous ouvrir des perspectives nouvelles sur la porte ou la fenêtre, KIFFEZ!

Lorsque vous passez devant une putafrange bobo qui vous snobe parce que vous ne connaissez ni Zadig, ni Voltaire, KIFFEZ!

Et votre mec, qui laisse échapper un filet de bave devant Shakira et son déhanché afro-colombien tous les soirs du Mundial, avant de se transformer en Super Dormeur par déception et excès de bières alors que vous tortillez du popotin dans une nuisette qui vous en a couté la peau [du popotin], va t-il vous empêcher de KIFFER??

Vous l’aurez compris, le KIF est un acte de résistance. Il faut apprendre à résister lorsqu’un mec comme Nicolas Hulot vous dit que c’est foutu, que tout prend l’eau (pas sûr qu'il en reste suffisamment d'ailleurs), qu’on va tous clamser : il est sympa Nicolas, il ne peut pas nous vendre de l’intox avec une gueule aussi sympa, donc on culpabilise et la culpabilité c’est la mort avouée du KIF.

Lorsque les Echos nous communiquent les derniers bonus accordés aux traders 2 ans après la faillite lamentable de notre économie, on se sent petit, et se sentir petit, c’est la mort avouée du KIF.

DiamsLe KIF étant une révolte joyeuse permanente, il est de loin supérieur au bonheur, au plaisir et à l'espoir. L'espoir est une tentation hypocrite puisqu'il implique l'existence d'une situation que l'on juge déjà désespérée. Le KIF n'impliquera jamais que du KIF. Diam's avait tout compris lorsqu’elle s’écriait qu’il fallait qu’on la "laisse kiffer la vibes [avec son mec*]".

Nous n’avons pas besoin de philosophes pompeux et réorganisateurs d’ennui, nous avons le KIF. Il suffit de le prendre.

Je kiffe donc je suis, c’est une leçon que le pauvre Descartes n’apprendra jamais, et il en aurait bien eu besoin le pauvre, quand on sait qu'il aimait les femmes qui louchent...

Sérieusement, n’oubliez jamais ça :

1 Homme qui kiffe en vaut 2 et sans le KIF, vous ne serez jamais que la moitié de vous-mêmes.